Mot du Président

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Écrit par dr Małgorzata Pamuła, 07 Juillet 2004

Aussi longtemps qu’on pratiquera, au nom d’arguments essentiellement économiques, une politique de minoration de toute la diversité du monde au profit d’un modèle dominant, une sclérose intellectuelle progressive de l’ensemble de l’humanité nous menacera. Le troisième millénaire commençant ne peut pas plus saccager les ressources naturelles de sa planète que les richesses spirituelles (les langues et les cultures du monde) à l’origine de toutes les valeurs dont se réclament les humains. Le GERFLINT pense donc qu’il y a véritablement danger et que chacun, pour ce qui le concerne, doit se sentir responsable de cette petite planète où pèse une menace sur sa vie biologique (misère, faim , pollution galopante, épidémies, guerres, attentats…) et sur sa vie spirituelle (mort programmée à court, moyen ou long terme, par un ennemi invisible, diffus et insidieux, de sa langue, de sa culture et même des œuvres d’art du patrimoine historique mondial).
 

Cortes Rappelons-nous, en effet, les fameuses statues de Bamiyan détruites en mars 2001 par quelques fanatiques inspirés par une pulsion morbide confondue avec la pureté d’un sentiment religieux. Le monde entier, alors, s’en indigna. La beauté des ouvrages en question n’était pas la seule cause de tristesse. Ce qui pouvait nous atterrer, c’était la suppression imbécile d’une trace de notre passé, de notre destin. Les statues détruites, en effet, étaient un des anneaux nous reliant à notre « Ancêtre », aux milliers d’heures vouées par lui à « l’écriture » d’un colossal message de pierre, aux techniques, aux efforts, à la fatigue, à la générosité, au talent, à l’amour qu’il lui avait fallu pour offrir à ceux qu’il ne connaîtrait jamais un présent éternel. L’explosif vint facilement à bout de l’œuvre immémoriale. Un peu de fanatisme (grand inspirateur des convaincus), un marchand (d’armes en l’occurrence) et quelques dollars suffirent pour arrêter le temps, nier la technique, la beauté, l’effort, la fatigue, la générosité, le talent et l’amour de « l’Ancêtre » qu’on ne connaîtra jamais et qui pourtant croyait certainement nous avoir légué un présent éternel. Le symbole est fort. Une langue est aussi une œuvre d’art que nous transmet le passé. Accepter sa disparition au nom d’arguments économiques, si sérieusement soient-ils présentés, serait aussi stupide que d’accepter la disparition d’une statue au nom d’arguments inspirés par une conception primitive de la foi. Dieu ne peut être rendu complice de notre crétinisme. Ne l’invoquons pas plus que les lois économiques pour justifier nos erreurs et nos crimes. Aucune destruction, au regard de la morale, de la foi et du simple bon sens ne peut trouver la moindre justification.
 

En clair cela veut dire que le GERFLINT, en travaillant à protéger le statut, le rôle et l’image de la langue française dans le monde, ne donne dans aucun nationalisme. Sa vocation, pleinement humaniste, est de défendre un héritage qui n’est pas celui des habitants d’une forteresse perdue, repliés sur leur passé et combattant des ennemis imaginaires comme dans le Désert des Tartares de Buzzati. Ce que souhaite le GERFLINT, c’est au contraire de relier les hommes de tous les pays dans un programme mondial de diffusion scientifique francophone en réseau, largement ouvert à des échanges désintéressés et fraternels.

Mis à jour: Vendredi, 25 Septembre 2009
 
 
 
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